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L'histoire du rami et ses origines

« Aux Etats-Unis, dans les années 1941 à 1946, le principal engouement pour le jeu était pour le Gin Rami (anciennement nommé Gin). Inventé en 1909 par Elwood T. Baker, un professeur de Whist de Brooklyn (New York) ; son nom a été suggéré par le fils de M. Baker, jouant sur leur affinité pour le rhum et le gin. Le Gin Rami a connu un nouvel essor dans les années 1927 à 1930, et a ensuite connu une période latente jusqu’en 1940. Il a alors été adopté par l’industrie du film et le monde de la radio, qui lui ont donné une renommée suffisante pour relancer son engouement. » (Culberston’s Card Game Complete)

Nombreux sont les bons jeux de cartes à 2 joueurs, dont certains très anciens : le Pinochle (ou Bésigue) vieux de plus de 150 ans, le Cribbage de plus de 400 ans et le Piquet de 500 ans. Mais le Gin Rami, petit nouveau dans l’histoire du jeu, a gagné des millions d'adeptes dans le monde dès sa première apparition. Principalement grâce à l'extrême simplicité de la forme générale du jeu alliée à une complexité de jeu trompeuse, mais aussi plus récemment grâce à sa disponibilité sur les salles de rami en ligne. Le Gin Rami fait partie de ces jeux qui s’apprennent très facilement et rapidement mais qui nécessitent des années pour le maîtriser complètement. Son système de points est ingénieux, ce qui le rend attrayant pour les joueurs d’argent, bien que comme le Poker, il fasse partie de ces jeux où il faut savoir ce que l’on fait pour gagner.

Au début vint le jeu de rami

Etant donné que l'histoire du Gin Rami est liée à celle du Rami, il est préférable de bien faire la différence avant de commencer.
Le Rami en soi n’est pas vraiment un jeu spécifique mais plutôt une gamme de variantes de jeux basée sur une façon précise de jouer des cartes. C’est une méthode communément appelée « pioche et défausse-toi », parce qu’à chaque tour, un joueur pioche une carte de la pioche et se défausse d’une autre en échange. Le but du jeu est de former des assortiments de cartes, ou combinaisons.

Etant donné leur même structure sous-jacente, les Ramis se classent en différentes catégories selon leurs but et récompense respectives. Dans la plus ancienne version, qui ressemble fortement au Gin, le but du jeu est de se débarrasser de toutes ses cartes en les retournant face découverte sur la table en assortiments appelés "combinaisons". Les points sont calculés sur la valeur de toutes les cartes n’entrant dans aucune combinaison de l’adversaire, appelées "cartes mortes".
Dans les variantes plus récentes du Rami, telle que Michigan, les points ne sont pas seulement calculés selon la valeur des cartes mortes de l’adversaire, mais sont aussi basés sur la valeur de toutes les cartes de ses propres combinaisons.
Des variantes plus élaborées ont été développées dans les années 1930 sous l’influence du Contract Bridge. Dans le Rami Contrat, le joueur reçoit de plus en plus de cartes lors de la distribution de chaque manche, et à chaque manche, le joueur doit effectuer un assortiment de combinaisons particulier pour annoncer la fin de la manche. Par exemple, après une distribution de 10 cartes, un joueur doit effectuer une suite de quatre et deux assortiments de trois. Le Contract Rami est l’un des jeux de cartes le plus populaire pour toute la famille et est considéré comme un jeu folklorique parce que les groupes de joueurs ont tendance à décider de leurs propres règles du jeu, et les rebaptisent même souvent.

Une variante des plus élaborées est la Canasta. La particularité de ce jeu a été inspirée du Bridge étant donné que ce jeu se joue à quatre et dispose d’un code de règles et système de points très formel. La Canasta date des années 1940 et a influencé d’autres variantes encore plus pointues telles que la Samba ou la Bolivia.
Toutefois, une autre gamme de variantes du Rami a la particularité de cacher les combinaisons effectuées. En effet, les combinaisons sont retournées sur la face découverte, et il est possible d’y ajouter des cartes pour former de nouvelles combinaisons, si ces mouvements suivent les règles du jeu. Ce procédé est bien connu dans la version originale du Rummikub qui date des années 1970 et qui se joue avec des tuiles à la place des cartes. Ses principes de base ont été puisés dans d’anciens jeux de cartes, tels que le Carousel, le Vatikan et le Rami Tchèque.

D’Est en Ouest

Le premier véritable Rami, une sorte de prototype du Gin, a d’abord été décrit brièvement sous le nom de « Coon Can » dans le Standard Hoyle (New York, 1887), et en plus détaillé sous le nom de Conquian par R.F. Foster dans le Foster’s Complete Hoyle en 1897. Un chercheur érudit réputé, Foster, a néanmoins mystifié son nom et son origine, remarquant seulement que « peu de choses n’en sont connues excepté le fait qu’il est très populaire au Mexique, dans tous les états d’Amérique frontaliers, surtout au Texas ». Ce qui est très vraisemblable étant donné qu’il est joué avec le traditionnel jeu espagnol de 40 cartes et il est plus probablement originaire du Nouveau Monde que de l’Espagne, puisque les plus anciennes variantes du Rami apparues dans la littérature des jeux de cartes espagnole (sous le nom de Ramy) sont clairement des importations transatlantiques du XXème siècle. En 1896, Stewart Culin constate qu’il a été joué par les Apaches sous le nom de con quién, la traduction espagnole de « avec qui » ; mais il est difficile d’appliquer la signification de cette phrase à un aspect particulier du jeu, c’est pourquoi Foster a probablement raison de ne pas la mentionner.

Une origine plus probable peut être trouvée en Orient. Le principe du Rami « pioche et défausse-toi » et le fait de former des combinaisons de cartes sont des aspects qui apparaissent dans d’anciens jeux de cartes chinois dès le XVIIIème siècle et est effectivement l’essence du jeu Mah Jong. En 1981, un certain W.H. Wilkinson enthousiasmé par un jeu de cartes chinois se rapprochant du Mah Jong, appelé kun p’ai persuade Messrs Goodall (GB) de publier une adaptation de ce jeu pour les cartes occidentales sous le nom de Khanhoo. (Les règles du jeu sont expliquées dans l’ouvrage de Sid Sackson Card Games Around the World, Toronto, 1981, réimprimé par Dover Publications, New York, 1994.) Ce jeu se joue avec 62 cartes, restant fidèle à l’original chinois, 2 jeux de 31 cartes, chacun contenant les cartes de l’As au Neuf en trois séries, plus Valet, Reine, Roi et Joker de la quatrième série. Chaque joueur reçoit quinze cartes et le but du jeu est de former des combinaisons en suites et brelans, et son mécanisme est précisément celui du Rami, même si les cartes de la défausse peuvent être piochées. Un similaire jeu de carte chinois appelé Kon Khin a été découvert, et son nom a une prononciation assez similaire de Conquian ou Coon-Can pour ne pas croire à une coïncidence. Il serait plausible qu’un jeu de la sorte ait été exporté dans les états occidentaux du sud par les immigrants chinois. Il serait également plausible qu’un jeu de la sorte portant un nom similaire ait d’abord été transmis aux Portugais (via Macao ?) puis ensuite au Mexique probablement via les Philippines. Selon cette théorie, on ne peut ignorer le populaire jeu espagnol Chinchòn qui est censément joué avec le jeu espagnol de 40 ou 48 cartes. Si ce nom se rapporte à la ville espagnole du même nom, si ce nom est le nom originel du jeu, si ce nom vient de Kon Khin ou Coon Can, ou si ce nom a même influencé le choix du préfixe « Gin », on ne peut le clarifier.

Le Gin de Baker

Presque toutes les références au Gin Rami sur Internet mentionnent le fait qu’il ait été inventé en 1909 par Elwood T. Baker, un professeur de Whist de Brooklyn. L’information la plus proche qui a été trouvée se rapportant à cet homme, est un commentaire d’ Albert H. Morehead et Geoffrey Mott-Smith dans leur introduction sur le jeu de l’ouvrage Culberston’s Card Game Complete, qu’ils ont rédigés sous le nom de cet auteur pour des raisons marketing en 1952. Ils affirment que le nom du jeu a été « suggéré par le fils de M. Baker, et joue sur leur affinité du rhum et du gin ». Morehead et Mott-Smith sont des écrivains respectables, mais ils ne donnent aucune source de leur information qui paraît être tiré d’un article ou interview d’un journal campagnard. (« Mais M. Baker, comment avez-vous choisit ce nom ? »)

Dale Armstrong, dans Win at Gin and Poker, retient cette anecdote et ajoute « la scène de cette brillante idée s’est déroulé dans le prestigieux club de Whist Knickerbocker à New York, où le Whist a peu de temps après donné naissance au Contract Bridge ». Plus intéressant encore, il pense que Baker a contribué à l’évolution du Rami en interdisant les joueurs de montrer leurs combinaisons avant qu’il ne soit capable d’annoncer la fin de manche avec le total de la valeur de ses cartes mortes ne dépassant pas 10.
Cette supposition est plus que plausible sachant que le Gin diffère des autres jeux « pioche et défausse-toi » par cet aspect. Quelqu’un a également inventé –il se pourrait que ce soit Baker- une version de jeu étant le croisement entre le Conquian et ce qui a été appelé le Rum (maintenant appelé Knock Rami). La première description de ce jeu date de 1905. Un article du New York Sun daté du 10 septembre 1910 note : « Le leader de cette saison semble être un nouveau jeu appelé Rum. Certains l’appellent rhum, rhummy ou même rhumston ». Si Baker l’a réellement surnommé Gin Rami est un autre problème. Tous les ouvrages du temps du type de Hoyle, tel que l’ouvrage Official Rules of Card Games de R. F. Foster publié par le United States Playing Card Co en 1913, appellent ce jeu Gin Poker ou même Poker Gin. Pourquoi ces noms font référence au Poker reste flou, sauf peut-être parce qu’il y avait un jeu nommé Whisky Poker, dont le but du jeu était de former des combinaisons de Poker par une méthode de jeu tirée du jeu Commerce. (La théorie de John Scarne selon laquelle le Rami viendrait du Poker par le Whisky Poker n’est pas acceptée par tout le monde, et ce que Wykes affirme dans son ouvrage Gambling est trompeur.)

Ca ne fait aucun doute qu’il y ait eu un jeu sur « l’affinité » du Gin et du Whisky. Cette affirmation est du moins l’explication la plus plausible pour le nom de ce jeu.


Le Gin à Hollywood

Une des raisons de l’obscur passé du Gin Rami est le fait qu’il ait été désigné en tant que tel dans les années 1930. Dans l’édition de 1926 de l’ouvrage Official Rules for Card Games, ce jeu était toujours appelé Gin Poker ou Poker Gin. La circonstance qui aida à la popularité de ce jeu fut la Grande dépression, parce que la population avait moins d’argent pour sortir et s’amuser et a dû redécouvrir l’art de se divertir chez soi. Le Gin était plus simple à apprendre que le Contract Bridge et plus sympathique en famille que le Poker.

Mais ce qui a peut-être le plus aidé à la renommée de ce jeu fut le fait qu’il était très populaire auprès des acteurs et des stars de Broadway et Hollywood. Durant cette période, il y a eu rarement un film ne faisant pas référence au jeu ou ne montrant des scènes de jeu. Même Flora Robson en Elisabeth I et Errol Flynn jouant le Comte d’Essex sont filmés en train d’y jouer dans The Sea Hawk (1940), sans malheureusement mentionner son nom. Dale Armstrong rapporte : « Dans une dernière tentative de sauvetage, le comité interne du club Burkbank Lakeside Country a été obligés de persuader le comédien Oliver Hardy (de Laurel et Hardy) de rester en-dehors de la salle de jeu, où les requins du Gin le plumait depuis des mois, au rythme de montants totaux à quatre chiffres par semaine. »

Deux caractéristiques du jeu l’ont rendu attrayant à ceux qui attendaient leur tour dans les coulisses ou attendaient que leur dealer leurs fournisse leurs sachets d’herbe. La première caractéristique est le fait que le jeu se joue rapidement mais peut aussi être interrompu en pleine manche sans que les joueurs ne perdent le fil du jeu en le reprenant. La deuxième est l’introduction d’un dispositif ingénieux pour calculer les points, cette variante ainsi nommée Hollywood Gin, permettait de jouer plusieurs manches simultanément.

Affirmer que le Gin a fait fureur durant cette période n’est pas exagérer. Damon Runyon qui a écrit de nombreuses nouvelles se déroulant à Broadway en témoigne lui aussi. Voici quelques extraits de The Lacework Kid, publié par le Collier’s Magazine le 12 février 1944 :

« Je ne vais pas essayer de décrire le Gin Rami en détail parce que vous pouvez appeler n’importe quel fou de l’asile psychiatrique, il vous expliquera tout en détail en un rien de temps, parce que tous les désaxés sont forcément des joueurs de Gin, et en fait, il y a de grandes chances pour que le Gin Rami les rende fou. »

« Les cartes au Gin Rami peuvent vous donner des sueurs froides comme à n’importe quel jeu de dés. Pas besoin d’aller à Harvard pour apprendre à y jouer et même un crétin fini pourrait battre Einstein. Si vous tenez les ficelles du jeu, vous êtes considéré comme un génie, et si vous ne les tenez pas, vous êtes considéré comme un bon à rien. Si vous ne tenez pas les bonnes cartes, vous souffrez, et leur attente peut vous donner des ulcères à l’estomac. »

« Presque tout le monde aux Etats-Unis joue au Gin Rami ; les enfants y jouent dans la rue, les vielles bonnes femmes y jouent. Je comprendrais pourquoi il y a un singe au zoo du Bronx qui y joue, parce que tout animal capable de tenir 10 cartes dans sa main serait capable d’y jouer. »

source : http://www.davidparlett.co.uk/histocs/ginrummy.html (anglais)